Réflexions

Les 3 paradigmes urbains proposés par les étudiants d’Audencia Centrale Nantes

Les enjeux climatiques actuels nous poussent à interroger les modèles urbains de nos métropoles. Îlots de chaleur, gestion des eaux pluviales ou encore perte de biodiversité, les espaces urbains d’aujourd’hui ne sont plus adaptés aux enjeux de demain. Nous devons les repenser afin de répondre aux défis climatiques. De plus, la crise sanitaire que nous traversons a souligné cette nécessité de redéfinir l’organisation de nos rues pour correspondre aux nouveaux usages que nous faisons de celles-ci. Ainsi, dans ce contexte post-carbone et post-covid, la rue « ordinaire » apparaît comme un levier majeur pour amorcer la transformation de nos villes.

Ces constats ont fait naître le projet de la « Rue Commune » une démarche de création de communs initiée par l’ADEME (Agence de la transition écologique). Ce projet vise à imaginer un modèle de rue métropolitaine durable et désirable en prenant en compte les nouveaux usages que nous en faisons et la mutation profonde des mobilités.

Dans le cadre de ce projet, les étudiants du Mastère Spécialisé Marketing, Design et Création (Audencia Business School et Centrale Nantes) collaborent avec la plateforme prospective et innovation de VINCI. Divisés en trois groupes, ils contribuent au commun par le design thinking, une approche créative centrée sur les usagers de la rue.

Après une phase d’immersion et de recherches terrains pour relever des insights, chaque groupe a identifié des défis à relever, ainsi que des paradoxes au sein de la rue commune. Puis une phase de réflexion a fait émerger une question sous la forme d’un « Comment pourrions-nous ... ? ». La prochaine étape du projet consistera à répondre à cette question par le maquettage d’une solution en s’appuyant sur les scénarios de transition carbone proposés par l’ADEME. Le présent article vous donnera un aperçu du travail réalisé par chacun des groupes.

De la rue sous tension à la rue émotion

« La rue devrait être un lieu de rencontre, d’évènements ponctuels. La rue n’est pas qu’un lieu de passage ». Parmi les 10 539 hectares qui composent Paris, près de 15% de la surface totale de la ville est dédiée aux infrastructures routières : chaussées, parkings, voies de bus… C’est près de la moitié de l’espace publique qui est occupée par les véhicules motorisés, qui ne constituent seulement que 13% des déplacements.

Trentemoult, village de pêcheur près de Nantes, réputé pour ses maisons colorées

Nous avons commencé nos recherches sur la rue commune par des interviews ethnographiques d’usagers, pour lesquelles nous nous sommes positionnés en apprenants, naïfs et libres de tout apriori concernant la rue, afin d’en tirer leurs visions, leurs usages et d’explorer les points d’ententes ou de frictions liées à ce territoire. Une notion revient très fréquemment : la mobilité est l’usage principale de la rue.

Celle-ci, dominante voire écrasante, source de conflit, façonne la rue telle qu’elle en est purement fonctionnelle. La rue fait alors totalement abstraction de sensibilité.

La crise sanitaire, les confinements successifs et le manque de temps nous fait réaliser qu’une rue n’est pas seulement un croisement des mobilités, mais peut également être un croisement d’émotions. Depuis cette crise, 14% des futurs acheteurs de la capitale souhaitent trouver un bien ailleurs qu’à Paris, dans une ville plus douce et plus sensible.

Depuis deux ans, la crise sanitaire a mis en lumière cette dominance de la mobilité en ville, qui était auparavant tolérée car compensée par un bouillonnement constant d’activités. Avec la mise en suspens de ces-dîtes activités, la ville, vidée de ses attraits, voit ses rues désertées, inanimées et perd en attractivité.

Cela s’est notamment illustré, en France, avec un exode urbain non négligeable. Pour conserver l’attractivité des villes, il est alors nécessaire de modifier le rapport des usagers avec cette rue commune, de la rendre la plus profitable. Avoir un environnement agréable et sensible, en plus d’être utile, est primordial pour les individus.

Nous pouvons comparer ce besoin d’avoir un environnement agréable, qui facilite l’expérience, à la restauration et à la présentation des assiettes. Une assiette, belle et souvent colorée, donne envie d’être dégustée. Elle est source d’émotions : envie, satisfaction, admiration, joie… Un restaurant, dans son ensemble, fait vivre des expériences sensorielles.

Similairement, le musée est un domaine qui nous inspire. Lorsque l’on va au musée, la visite procure une expérience via une immersion totale et des émotions, à travers les œuvres variées, les différentes époques avec les multiples artistes et courants. Le visiteur prend le temps, s’arrête au détour d’un tableau et déambule dans les galeries au gré de ses envies.

Dans l’objectif de transformer les rues métropolitaines ordinaires pour créer une ville durable et agréable, on peut alors se demander :

Comment pourrions-nous faire vivre des émotions à l’usager pour qu’il prenne le temps de l’expérience sensible dans son environnement ?

Nous continuerons notre réflexion au travers une étape de maquettage, dans laquelle nous mettrons en place des solutions pour répondre à notre paradigme.

Une démarche bio-inspirée pour imaginer la rue commune de demain.

Représentant 20% de la surface terrestre, les villes abritent aujourd’hui plus de 50% de la population mondiale. D’après le podcast « Et si la ville de demain s’inspirait du vivant ? », les modèles tels que la smart city, la fabcity ou encore la ville créative tentent de réinventer ces espaces selon une approche anthropocentrée, délaissant ainsi les autres formes du vivant. Fort de 3.8 milliards d’années d’évolution, le vivant représente pourtant une formidable source d’inspiration pour les acteurs de l’innovation. Définie par le CEEBIOS (Centre d’études et d’expertise en biomimétisme) comme une « approche créative basée sur l’observation des systèmes biologiques », la bio-inspiration permet en effet de faire un pas de côté pour aborder les problématiques complexes avec un regard à la fois neutre et nouveau.

Dans un premier temps, nous avons adopté ce détour créatif pour identifier les enjeux de la Rue Commune en utilisant l’analogie de l’arbre et de son environnement. Par exemple, les racines symbolisent la nécessité de s’appuyer sur l’existant pour tendre vers un futur plus désirable tandis que la sève traduit les flux de circulation, à la fois visibles et invisibles, présents au sein de la rue. Dans un second temps, nous avons approfondi cette analogie avec le vivant en allant à la rencontre des usagers. Nous leur avons notamment demandé de citer les différents types de rues qui existent selon eux et de les traduire en êtres vivants en expliquant leurs choix. L’analyse et la synthèse des différents insights nous a permis d’établir une typologie de rues bio-inspirée : la rue fougère, une rue piétonne et apaisée, la rue paon, une rue architecturale et pittoresque, la rue perroquet, une rue animée et passante, la rue sanglier, une rue réservée à la circulation automobile, la rue mouette, une rue commerçante et la rue marmotte, une rue résidentielle et calme. Ces personas sont comme des masques que la rue revêt et qui peuvent s’additionner les uns aux autres.

Les rues fougère, paon, sanglier, mouette et marmotte constituent nos 6 personas de rues bio-inspirées

L’étude de ces êtres vivants et de leur environnement nous a permis de tirer des parallèles intéressants avec la rue. Par exemple, la hiérarchie des hordes de sangliers rappelle la priorité actuelle accordée aux véhicules les plus imposants dans les rues à forte circulation automobile, tandis que le sous-bois environnant la fougère évoque la protection liée à des mobilités plus douces. Ces parallèles nous ont permis d’identifier trois univers de besoins communs à toutes ces rues : la cohabitation, la sécurité et la mobilité. Ce dernier univers est particulièrement intéressant car il symbolise l’empilement d’usages à la fois hédoniques et utilitaristes qui peuvent pourtant se révéler incompatibles.

Pour garantir la sécurité de chacun, les politiques ont tendance à cloisonner ces différentes formes de mobilités grâce à la matérialisation des voies et à l’ajout de signalisation. Là encore, cette démarche ne s’inscrit pas dans le principe du vivant qui agrège les usages au lieu de les cloisonner (podcast). Des expérimentations telles que le shared space tentent de libérer les usages. Ce design urbain innovant capitalise sur la réduction de la signalisation routière pour responsabiliser les usagers et ainsi améliorer la sécurité. Cependant, ce modèle présente également des limites telles que la potentielle exclusion de certaines catégories d’usagers dont les enfants et les personnes âgées.

Comment pourrions-nous agréger les mobilités hédoniques et utilitaristes pour garantir la sécurité de chacun ?

Le mise en lumière de la ville

Aujourd’hui, la biodiversité est au centre de toutes les attentions et de nombreuses actions sont mises en place pour la préserver ou la restaurer. Mais qu’est-ce que représente la biodiversité ?



Cette notion, contraction de biologique et diversité, désigne l’ensemble des milieux naturels et des formes de vie ainsi que leurs interactions. Nos recherches ont permis de mettre en lumière un constat : l’éclairage public nocturne a un impact direct sur cette biodiversité.
Une réduction de cet éclairage semble alors indispensable pour la préserver. Cependant, nous avons identifié un paradoxe qui révèle la complexité du sujet.


Centre-ville de Nantes la nuit

L’Homme a toujours eu besoin d’éclairage nocturne pour assurer sa sécurité en ville mais il menace aujourd’hui la biodiversité et pose des problèmes de surconsommation énergétique.

L’obscurité est une peur ancestrale de l’Homme. Pour lutter contre ce sentiment d’insécurité, l’éclairage nocturne a été introduit au XVIIIe siècle. Néanmoins, ce manque de sensation de L’obscurité est une peur ancestrale de l’Homme. Pour lutter contre ce sentiment d’insécurité, l’éclairage nocturne a été introduit au XVIIIe siècle. Néanmoins, ce manque de sensation de sécurité est aujourd’hui toujours bien présent et les usagers interrogés ont exprimé leur peur face à l’absence de lumière dans la rue. Nous avons également repéré un lien entre la mise en lumière de la ville et la sonorité de celle-ci, et par conséquent son occupation. Malgré ce constat, nous avons observé un manque d’éclairage nocturne à certains endroits.

Ce manque peut être expliqué par les impacts environnementaux et économiques de l’éclairage public nocturne.

En effet, la lumière liée à l’activité humaine désoriente les oiseaux et les insectes. Ces derniers ne peuvent pas polliniser correctement, car ils sont capturés par la lumière des lampadaires. Ce dérèglement a un impact direct sur la végétation et par conséquent sur l’Homme. De plus, l’éclairage artificiel a un effet d’attraction ou de répulsion sur les animaux vivant la nuit et peut alors fragmenter les habitats naturels. Il apparaît donc indispensable de préserver et de restaurer un réseau écologique propice à la vie nocturne grâce à des initiatives telles que la Trame noire. L’utilisation de LED ainsi que le choix d’une lumière jaune plutôt qu’une lumière blanche (meilleure visibilité mais nocive pour la biodiversité) sont également des solutions à moindre échelle pour limiter les impacts de l’éclairage public nocturne sur la biodiversité.

De plus, selon l’ADEME, l’éclairage public représente 41% de la consommation électrique des collectivités et 37% de leur facture. Cet impact économique est accentué par l’obsolescence des infrastructures en place et par une mauvaise orientation et intensité des points lumineux.

Ces impacts témoignent de l’importance de réguler l’éclairage public nocturne et de le repenser afin qu’il puisse assurer la sécurité des usagers et respecter la biodiversité tout en limitant les dépenses énergétiques et financières.

Comment pourrions-nous favoriser la sécurité et la biodiversité grâce à la mise en lumière de la ville?

www.audencia.com

Mastère spécialisé Marketing, design et création

camille.sizaire@audencia.com

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